Conseil d’expert : anticiper sa trésorerie pour éviter les difficultés

Conseil d’expert : anticiper sa trésorerie pour éviter les difficultés

Gestion d'entreprise • Publié le mardi 21 avril 2015, mis à jour le mercredi 14 novembre 2018

Petite-Entreprise.net donne la parole à Georges Ferrandez, Correspondant Local P-E.net à Digne-les-Bains dans les Alpes-de-Haute-Provence. Il nous livre ses conseils en matière de gestion de trésorerie et nous éclaire sur les marges de manœuvre en cas de difficultés.

Quelle est l’erreur la plus courante commise par les dirigeants de TPE en matière de trésorerie ?

L’erreur la plus courante est de ne jamais anticiper le futur de sa trésorerie. Souvent le dirigeant croit suivre sa trésorerie en regardant ses comptes bancaires, mais en réalité, cela donne une vision du passé. En procédant ainsi, le dirigeant ne regarde jamais les sommes qu’il doit sortir ou celles qui vont rentrer. Pour bien gérer sa trésorerie il faut d’abord établir un prévisionnel de trésorerie.

Quel est le principal signal à surveiller pour éviter les difficultés ?

Le premier signal à surveiller est le fonctionnement de son prévisionnel de trésorerie. Par exemple, si un dirigeant connaît une situation de trésorerie tendue, il doit d’abord vérifier s’il peut payer ses fournisseurs, ses charges, et si ses clients l’ont bien payé au moment où il l’avait prévu. Posséder un outil de gestion de trésorerie mis en place par un correspondant Petite-Entreprise.net offre une visibilité sur trois mois. C’est le meilleur rempart pour anticiper les soucis de trésorerie, sans même parler de rentabilité ou de développement commercial de son entreprise.

À quel moment faut-il s’inquiéter ? À quel seuil se situe l’alerte ?

Il faut s’inquiéter quand on commence à reculer de plus en plus les échéances de paiement de ses fournisseurs et de ses charges : l’URSSAF, le RSI, la TVA ou autre, et quand, de l’autre côté, les clients ne tiennent pas leurs délais de paiement. Aujourd’hui, une entreprise qui fonctionne normalement devrait avoir une trésorerie correspondant au minimum entre 15 jours et un mois de chiffre d’affaires. En dessous de ce seuil cela peut devenir critique. Par exemple, une entreprise qui réalise 30 000 euros de chiffre d’affaires, devrait disposer d’un niveau permanent de trésorerie au-delà de 15 000 euros.

Existe-t-il des outils permettant de bien gérer son niveau de trésorerie ?

Oui, le premier outil facilement accessible est la lecture journalière de ses comptes bancaires. Internet a rendu cette lecture très facile. C’est indispensable. Or, je rencontre parfois des artisans qui attendent leur relevé de compte en début de mois ou tous les 15 jours pour savoir ce qu’il s’est passé au niveau de leur trésorerie car ils n’ont pas demandé d’accès web à leur banque. L’autre outil simple est de partir d’un fichier excel permettant de voir jour après jour les dépenses et les recettes et d’anticiper mois par mois. On peut aussi mettre en place des outils de gestion de trésorerie disponibles dans le réseau Petite-Entreprise.net comme le progiciel Trésorerie Plus et d’autres qui permettent d’établir un prévisionnel de trésorerie sur 3, 6 et 12 mois et de le tenir à jour de façon à ce qu’il soit le plus proche de la réalité et que la réalité soit la plus proche du prévisionnel. Mais il faut garder à l’esprit que la trésorerie n’est que la conséquence de la situation de l’entreprise : si elle n’est pas rentable, la trésorerie va se dégrader rapidement et l’entreprise va se trouver dans le rouge. À l’inverse, si la rentabilité est au rendez-vous, la trésorerie devrait. Surtout, il ne faut pas réagir trop tard : souvent les clients nous appellent alors qu’ils ont déjà des découverts autorisés et que leur banque commence à bloquer les échéances.

À quelle échéance faut-il réactualiser son plan de trésorerie ?

Il y a plusieurs échéances : en début et fin de mois pour vérifier si ce qu’on a réalisé est conforme à nos prévisions. Ce contrôle peut également s’effectuer au moment de la visite mensuelle du correspondant : je procède ainsi avec mes clients. Mais le suivi de trésorerie c’est avant tout un travail de courte durée tous les jours ou tous les deux ou trois jours. Il faut le surveiller comme le lait sur le feu. Il faut surtout bien informer et communiquer avec sa banque car c’est elle qui détient les comptes et le pouvoir de bloquer ou de laisser passer lorsqu’on atteint les seuils d’autorisation. La banque sera rassurée si vous lui dites : « aujourd’hui, nous sommes dans une période de creux, mais regardez demain, nous allons réaliser des recettes ». Le plan de trésorerie est un outil qu’on utilise quotidiennement donc il faut le mettre à jour quotidiennement et ensuite tous les mois ou tous les quinze jours pour être encore plus précis.

À quel moment faut-il informer son banquier ?

Il faut informer son banquier par anticipation tous les mois ou tous les 15 jours et lui montrer le plan de trésorerie du mois en cours et des deux ou trois mois suivants de façon à ce qu’il ait une visibilité. C’est comme lorsque vous partez au ski : avant de partir vous vous inquiétez de savoir s’il y aura de la neige. C’est la même chose pour le banquier : il a besoin de visibilité. Si vous êtes en situation de crise, il faut aller le voir et lui expliquer. Il faut l’informer dès qu’une difficulté se présente, si on attend, il sera déjà trop tard. Un banquier sera rassuré et aura confiance dans son client si le prévisionnel qu’il lui a annoncé se réalise. Il faut entrer dans un processus d’interaction positif.

En cas de grandes difficultés, quelles solutions le chef d’entreprise peut-il mobiliser ?

La priorité est de payer ses fournisseurs, ensuite, si on doit reculer les échéances de paiement de ses charges : URSSAF, RSI, TVA, etc, il faut rencontrer ces organismes. Si les difficultés se poursuivent, il existe des dispositifs comme la commission des Chefs des Services Financiers (ou CCSF) qui permet d’étaler ses dettes fiscales et sociales sur deux ans auprès de ces organismes fiscaux. La seconde action à mener si vous accusez des retards, avant la cessation de paiement, est le recours à des procédures légales auprès du tribunal de commerce. La procédure de sauvegarde ou le redressement permettent de figer les dettes. C’est un moyen de sauver des entreprises. Il faut se dire qu’il n’est jamais trop tard, il existe toujours des solutions. Même s’il faut déposer le bilan, c’est une solution contraignante mais c’est peut-être la plus adaptée.

Dans ces situations difficiles, est-il nécessaire de se faire accompagner ?

Oui  il vaut mieux se faire accompagner que d’y aller seul. Et dans ces situations, l’expert-comptable, qui n’a pas été payé pour remplir ce genre de missions, n’a pas trop envie de s’investir… Par mon expérience de correspondant Petite-Entreprise.net, je sais que lorsqu’un chef d’entreprise se trouve dans ces cas de figure difficiles, il est content de trouver une personne capable de l’écouter et de l’aider. Et nous pouvons échelonner notre rémunération, notre objectif n’est pas de nous payer en priorité, notre objectif est que le dirigeant parvienne à payer tout le monde.

Quel est le principal conseil que vous donneriez à un dirigeant en matière de trésorerie ?

Les difficultés de trésorerie sont souvent la conséquence de situations qui se sont dégradées : le manque de clients, des marges trop faibles, des défaillances de gestion… Le maître-mot est : anticiper. Et je conseillerais de faire appel à des artisans de la gestion comme nous, les correspondants Petite-Entreprise.net pour favoriser le développement de l’entreprise ou pour la sortir d’une situation délicate. Il est important de s’appuyer sur un expert-comptable, mais aussi sur un conseiller en gestion. Un expert-comptable ne donne pas de conseils en matière de trésorerie, ou s’il le fait c’est à la lecture des documents transmis par le chef d’entreprise en début de mois ou le mois passé. C’est souvent trop tard si le dirigeant est déjà le mur.  Nous, notre métier est basé sur l’anticipation. Ce sont deux métiers différents et complémentaires.

Publicité

Vous avez soif d'informations ?

En vous inscrivant à notre newsletter, vous serez abreuvés de connaissances tous les vendredis soirs !

Voir un exemple de newsletter »

VALPOLIS SARL - 10 Grand Rue, 68280 LOGELHEIM - info@petite-entreprise.net - 03 68 61 61 61